Parc National de Chibiriquete en Colombie

 

#1 La fin des FARC pourrait mettre en danger de nombreux écosystèmes.

San José del Guaviare, Colombie – Survoler le Parc Nationnal de Chiribiquite, porte d’entrée sur l’Amazonie, est un spectacle éblouissant. Sous ses pieds on peut apercevoir une nature vierge, encore inviolée par les activités humaines.Rocher caractéristique du parc de Chiribiquete De nombreux cours d’eau serpentent à travers une forêt si dense que seuls quelques rochers parviennent à percer à l’horizon.
Cette zone est l’une des réserves écologiques les plus importantes de la planète. Les populations indigènes qui la peuplent ne sont presque pas en contact avec le reste du monde et les écosystèmes qui la composent sont si importants pour la science que le parc est inaccessible aux voyageurs.
La plupart de la région de Guaviare était auparavant aussi sauvage et la végétation aussi dense que dans la zone de Chiribiquite. Depuis, le front pionnier a très largement avancé et de petites tâches vertes taillées dans la canopée, comme autant d’exploitations agricoles, commencent à faire leur apparition aux portes du parc.
À certains endroits le sol encore fumant porte les stigmates de la terre brûlée. Lorsque les FARC contrôlaient la zone, ils avaient pour habitude de couper de petites parcelles difficiles à repérer et les utilisaient pour cultiver de la coca. Malheureusement les zones coupées pour l’agriculture à l’heure actuelle sont nettement plus vastes.
Aujourd’hui Guaviare, la province qui assure la transition entre les plaines de l’est du pays et la forêt tropicale, est la ligne de front du combat contre la déforestation que mène le gouvernement Colombien.
L’avancée du front pionnier ces dernières années a certes fait dramatiquement augmenter le taux de déforestation dans la région mais une autre menace se profile à l’horizon: il s’agit du retrait de la zone des soldats des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, plus communément appelées les FARC.
Bien que la principale guérilla communiste colombienne pratiquait elle-même la déforestation pour exploiter la coca, son départ de la zone pourrait entraîner une augmentation de la déforestation et de l’exploitation agricole sur des territoires parmi les plus vierges du pays.
Carolina GIL, directrice pour la Colombie de l’Equipe de Conservation de l’Amazonie prévient: « Il n’y a aucun doute sur le fait que l’accord de paix avec les FARC change la donne.Peinture rupestre de la région de Guaviare  La menace du retour de certaines pratiques telles que le minage clandestin, les cultures illicites et l’exploitation forestière illégale est réelle. »
En effet, comme l’explique Lorenzo MORALES, professeur à l’Université des Andes à Bogota, la présence des rebelles dans les zones les plus reculées du pays était un frein important au développement économique ce qui, paradoxalement, jouait en faveur de la forêt: « les barrières qui rendaient certaines zones inaccessibles en Colombie seront bientôt levées ouvrant ainsi le chemin à l’établissement de populations dans les anciennes zones de conflit, à la création d’infrastructures et à l’arrivée de l’industrie. » a-t-il écrit dans son rapport pour le Dialogue Inter-Amériques.

 
 

#2 La forêt à perte de vue

La forêt couvre environ 52% du territoire Colombien, soit à peu près 60 millions d’hectares, faisant de la Colombie le 8ème pays le plus couvert par la forêt au monde. 67% de ces forêts sont situées en Amazonie et participent ainsi activement à la captation et au stockage du dioxyde de carbone. L’objectif Colombien à moyen terme pour protéger ce patrimoine vert inestimable est ambitieux: balance nulle en terme de déforestation en Amazonie à l’horizon 2020 et la protection totale et permanente de toutes les forêts primaires et /ou naturelles d’ici à 2030.
Dans son rapport MORALES indique que le gouvernement Colombien a annoncé la perte de 124000 hectares de zones forestières en 2015, dont près de la moitié en Amazonie. De nombreux experts s’accordent à dire que les sources principales de cette déforestation massive pourraient encore intensifier temporairement leurs actions durant cette phase de transition post-FARC.
L’autre challenge auquel le gouvernement devra faire face pour atteindre ses objectifs élevés est la coca. Malgré des sommes d’argent astronomiques dépensées pour tenter de couper la production, la surface des plantations de coca est passée de 69000 hectares en 2014 à 96000 en 2015. La distance entre les limites du parc Chiribiquete et les premières plantations de coca s’est aujourd’hui réduite à 10 kilomètres, c’est moins que la distance à vol d’oiseau qui sépare la Tour Eiffel du château de Versailles !
« Les lois qui protègent le parc de Chiribiquete sont strictes mais d’une certaine façon il est impossible de les faire respecter totalement notamment parce qu’il y a trop peu de gardes forestiers par rapport à l’immensité des zones à couvrir » déclare la biologiste Brigitte BAPTISTE.La canopée à perte de vue 
L’un des dangers potentiels les plus inquiétants reste cependant le développement des activités humaines légales. Dans son rapport, MORALES pointe également du doigt les dysfonctionnements au sein de l’état Colombien: « À l’heure actuelle l’incapacité de l’état à réguler les activités économiques, légales comme illégales, est inquiétante. Le risque que les activités économiques légitimes se développent de façon désordonnée, au prix de l’extermination de certains écosystèmes, est réel. Il faut également souligner que le secteur privé est souvent très efficace lorsqu’il s’agit de profiter de nouvelles opportunités, réduisant ainsi la capacité de l’état à pouvoir par la suite les réguler dans un objectif de développement durable
Le sous-sol de la Colombie est riche en énergies fossiles et en métaux précieux (émeraudes, coltan, or), de ce fait de nombreuses demandes d’autorisation d’exploitation correspondent à des zones à haute valeur environnementale incluant des réserves dans lesquelles vivent des populations indigènes d’Amazonie.
Dans certaines régions le démantèlement des FARC pourraient ouvrir une voie royale au secteur pétrolier ou à l’industrie minière, l’impact de l’implantation de telles entreprises sur les populations vivant dans le secteur est encore inconnu.
Juan-Carlos ALTAMIRANO, économiste à l’Institut des Ressources Mondiales de Washington DC, a récemment visité la Colombie. Il a déclaré que certaines communautés commençaient à se sentir menacées: « Elles ont peur de se faire voler leurs terres, ces communautés ont peur que la stabilité politique ne favorise l’arrivée des multinationales appâtées par la grande richesse des sols ».

 
 

#3 Un point stratégique

Les premiers colons étrangers à investir la région de Guaviare étaient les Espagnols qui cherchaient des richesses à exploiter dans le nouveau monde, mais le plus gros épisode d’immigration se déroula il y a 35 ans lors de la fameuse « coca bonanza », l’âge d’or de la culture de cette plante. De nombreux agriculteurs arrivaient de tout le pays pour créer leur petite exploitation.Jeunes femmes membres des FARC 
Armando LOPEZ, guide touristique et consultant pour le parc de Chiribiquite raconte: « Ici, c’était de la véritable forêt primaire avant que les premiers colons ne débarquent de tout le pays. Ils ont planté de la marijuana, du pavot et de la coca. Pendant 10 ans environ c’était l’abondance, mais ce qui arriva ensuite fut une véritable malédiction ».
La région de Guaviare était un point stratégique à la fois pour la guérilla des FARC mais également pour les cartels de la drogue. Le fameux méga-laboratoire de Pablo ESCOBAR, le Tranquilandia, était installé dans les environs. Les guérilleros des FARC, et les paramilitaires de droite qui les combattaient, patrouillaient alors dans les collines et les forêts entourant San José, laissant sur leur passage des villages fantômes désertés par leurs habitants terrorisés.

 
 

#4 Développement économique de la zone

Des histoires comme celle-là sont légions en Colombie, un pays qui compte près de 6 000 000 de réfugiés domestiques et qui, dans ce domaine, n’est dépassé que par la Syrie. Les perspectives de paix et de calme qui se profilent doivent alerter les autorités qui ont le devoir d’encadrer avec précaution le retour de ces réfugiés. Si le développement économique n’est pas parfaitement planifié et régulé, les populations qui vont revenir réclamer leurs terres pourraient apporter avec elles leur lot de déforestation, d’exploitation minière clandestine et de surexploitation des ressources.
Néanmoins, tous les experts s’accordent à dire que au-delà des dangers réels qui planent sur la région de Guaviare, le processus de paix qui s’enclenche est une opportunité unique d’introduire les bases d’une économie reposant sur le développement durable, respectueuse des populations indigènes et des zones protégées.L'éco-tourisme en plein développement Certains agriculteurs qui vivaient auparavant de la culture de la coca se réorientent maintenant vers l’écotourisme, espérant ainsi avoir une source de revenus renouvelable et éco-responsable.
Pointant du doigt une zone de forêt jeune, Armando LOPEZ explique: « Guaviare est en pleine transition. Pendant de longues années cette parcelle était utilisée pour cultiver de la coca. Maintenant ces terres sont en train de se régénérer. Ce n’est peut-être pas de la forêt primaire, mais nous essayons d’aider la nature à reprendre le dessus. Et pour cela nous impliquons les familles qui vivent ici, car ce sont les meilleurs des protecteurs ».

 

Traduit et adapté de l’anglais par

 

Source: Laura DIXON | https://news.mongabay.com

 

Guaviare, en première ligne contre la déforestation
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