Feuilles de cannelle amazonienne avant séchage

L’association Ishpingo a toujours été convaincue que la lutte contre la déforestation passe par l’implication sans faille des populations locales.
Or dans un contexte de globalisation, même les indiens qui vivent en Amazonie attendent de leur environnement qu’il leur fournisse des revenus économiques suffisants pour subvenir à leurs besoins.
Un agriculteur taille un arbre à canelle amazonienne (ocotea quixos)Finalement, pour que le modèle agro-forestier que nous proposons puisse être reproduit à un grand nombre de fermes, il lui suffit d’être plus rentable que les monocultures déjà présentes. Il est donc nécessaire d’accompagner le reboisement par la commercialisation des produits agricoles et forestiers issus de cette reforestation.
Après 15 années passées à planter des arbres dans le bassin amazonien équatorien, c’est aujourd’hui ce que s’évertue à faire l’association Ishpingo. La nouvelle filière de vente que nous avons choisie de développer est celle de l’huile essentielle de cannelle amazonienne. Le choix de cette plante est-il un hasard ? Pas tout à fait puisque comme vous le savez probablement déjà, Ishpingo signifie cannelle amazonienne en langue locale kichwa. C’est peut-être une simple une coïncidence, ou alors les fondateurs de l’association ont eu le nez fin…
Notre cœur de métier est le développement durable ce qui signifie que nos activités doivent avoir une dimension à la fois sociale, économique et environnementale. De ce fait, la question à laquelle nous allons essayer de répondre est la suivante : L’huile essentielle de cannelle amazonienne est-elle un produit adapté aux problématiques du développement durable ?

 

#1 L’aspect environnemental

La cannelle amazonienne est un arbre natif de taille moyenne. Son origine locale et la composition moléculaire de ses feuilles font qu’il n’existe aucun ravageur (insecte, champignon…) qui affecte sa production de feuille. Il est donc inutile d’utiliser des produits chimiques. Vous l’aurez compris, l’huile essentielle de cannelle amazonienne est naturellement bio.Des centaines de kilos sont nécessaires pour produire quelques millilitres d'huile essentielle En revanche, cet arbre héberge des fourmis, beaucoup de fourmis. C’est un inconvénient non négligeable, car ces fourmis, très nombreuses, mordillent le producteur lorsqu’il qui doit monter dans l’arbre pour réaliser la récolte des feuilles.
L’huile essentielle est obtenue par distillation des feuilles et rameaux récoltées lors de la taille de la pointe des arbres. Or celle-ci ne peut s’effectuer qu’une seule fois par an. En conséquence, l’arbre produira constamment des feuilles et sera ainsi une source de captation de carbone. À noter qu’après distillation, les feuilles sont utilisées comme compost et leur décomposition naturelle permettra un retour à la terre du carbone contenu dans les feuilles. De plus, l’humus produit par sa décomposition enrichira les sols et alimentera les arbres fruitiers, très demandeurs en nutriments.
Vous me direz que selon les lois de la photosynthèse, plus l’arbre sera au soleil, plus il produira de feuilles. C’est vrai. Mais l’association Ishpingo veille au grain et n’achètera pas des feuilles d’arbres plantés en monoculture pour une production intensive.Préparation des tiges et des feuilles en les foulant aux pieds Les arbres que nous sélectionnons doivent toujours s’insérer dans un système agro-forestier riche en biodiversité. Cela tombe bien, la cannelle amazonienne provient d’un arbre de forêt primaire, largement tolérant à l’ombrage et à la présence d’arbres de bois d’œuvre à l’étage supérieur.
L’huile essentielle est un produit transformé très concentré puisqu’il extrait l’essence des plantes. Celle de cannelle amazonienne en particulier est une huile rare qui se vend chère donc pas besoin de remplir des containers entiers, juste quelques cartons exportés par an suffisent pour avoir un impact sur des centaines de producteurs. À titre d’exemple pour produire 1 litre d’huile essentielle de cannelle amazonienne, il faut 500kg de feuilles ! La consommation de pétrole liée au transport est donc très faible.
Reste UN point négatif : la chaudière qui alimente notre distillateur fonctionne au diesel. Un problème sérieux, difficile à solutionner dans une région reculée ou les sautes d’humeurs des lignes électriques sont monnaie courante. Mais comparé au stockage de carbone à long terme que permet la plantation de cannelle amazonienne dans des fermes déjà déboisées nous pouvons conclure sans hésiter que l’empreinte carbone de la production d’huile essentielle d’ishpingo est largement positive.
Et puis en plus de son délicieux parfum, l’huile essentielle d’Ishpingo possède des vertus médicinales prometteuses. Un produit salutaire qui pourrait être, à long terme, une alternative aux antibiotiques dans le traitement d’infections bactériennes diverses.

 

#2 L’aspect économique

Les bienfaits de la culture de l’ishpingo pour notre mère nature sont démontrés. Reste à voir maintenant si protection de l’environnement peut rimer avec développement économique, ce qui est malheureusement rarement le cas.
Si nous y jetons un œil, nous verrons que tous les producteurs ont très peu d’arbres chacun. Pourtant, les revenus apportés par la vente des feuilles leur permet d’augmenter considérablement leurs revenus. Comme cela arrive souvent, les conséquences pourraient être la ruée vers l’or et le début de sa culture intensive, mais la nature en a décidé autrement.Chaudière et distallateur industriel Peu nombreux sont les arbres-mères producteurs des précieuses graines. Et même quand ils sont identifiés, ils ont choisis de ne produire des graines que tous les 5 à 7 ans. D’ailleurs, à peine tombées, les graines sont dévorées par les sangliers et autres animaux sauvages. La pachamama a fait son choix, cet arbre restera une denrée rare pendant encore bon nombre d’années.
Heureusement l’association Ishpingo a quelques réserves en graine et a décidé de donner une dizaine de jeunes arbres à quelques centaines de bénéficiaires. De quoi leur permettre de doubler leur revenu d’ici quelques années sans augmenter leur charge de travail. Les producteurs récoltent et vendent les feuilles quand ils le souhaitent (ou plutôt quand ils en ont vraiment besoin) et peuvent inclure cette culture de rente dans un système de culture traditionnel reposant sur la polyculture et l’auto-subsistance (autant alimentaire que médicinale) ou sur des essences de bois d’œuvre.
Peut-être le début d’un véritable modèle de développement durable pour les populations locales et leur environnement. L’association Ishpingo aurait dégoté la perle rare. Affaire à suivre…

 
 
 
 

Éloge de la cannelle amazonienne