La mine de fer de Carajas au Brésil

 

#1 UN DÉCRET QUI FAIT POLÉMIQUE.

Le président brésilien Michel TEMER a signé un décret présidentiel lapidaire qui met fin au statut de réserve d’une zone de 4.7 millions d’hectares (grande comme le Danemark) en plein cœur de la forêt amazonienne.
En seulement 4 articles, le gouvernement ouvre donc la porte à l’exploitation minière et agro-industrielle d’une gigantesque partie de l’Amazonie par des sociétés privées, créant un véritable tollé au Brésil.
Selon le sénateur de l’opposition Randolphe RODRIGUES, il s’agit de la plus grande attaque contre la forêt tropicale primaire au Brésil depuis 50 ans. À la tête d’un regroupement de sénateurs, ce dernier a d’ailleurs présenté un texte destiné à contrer cette mesure et a signifié son intention de porter l’affaire devant la Cour Fédérale.

 

#2 LA RÉSERVE DE RENCA

Connue sous le nom de Renca (acronyme portuguais de réserve nationale de cuivre et associés), cette réserve a été créée en 1984 pendant la dictature militaire et est située entre les états de Para et d’Amapa. Composée de 9 zones jusqu’alors protégées, la réserve de Renca propose des écosystèmes et une biodiversité uniques mais abrite également des populations indigènes dont la forêt est l’habitat traditionnel.La tribu brésilienne des Wayana
Selon WWF-Brésil il s’agit de deux groupes éthniques, les Aparai et les Wayana, ainsi que du peuple Wajãpi aux traditions séculaires.
Malheureusement Renca abrite également d’autres richesses qui intéressent grandement le secteur privé. Il s’agit de vastes gisements d’or, de fer, de cuivre, de nickel, de managanèse et de tantale.
Bien que le décret 91142 de TEMER « ne remet pas en cause l’application de la loi concernant la protection de la flore et des territoires autochtones », l’opposition au gouvernement et les écologistes n’ont pas manqué de faire part de leur vive inquiétude. Certains, comme le top modèle Gisèle Bündchen, allant même jusqu’à accuser le président de « brader la forêt amazonienne ».

 

#3 TEMER ACCUSÉ DE CORRUPTION

Sous le feu des critiques et soupçonné de corruption, le président TEMER est également empêtré dans une sordide histoire de complaisance à l’égard de la compagnie minière Samarco suite à la suspension subite des poursuites judiciaires engagées après la rupture du barrage Rio Doce en 2015. Pour mémoire, suite à une négligence, 40 millions de m3 de boue toxique chargée de métaux lourds s’étaient déversés dans la vallée en contrebas, massacrant la faune, la flore et causant la mort de 19 personnes.La catastrophe du barrage de Rio Doce
Face à cette levée de bouclier, le président se défend en déclarant « qu’aucune réserve environnementale n’a été affectée par le décret » et que le nouveau statut de la zone permettra de mieux cadrer l’exploitation des ressources minières afin de « limiter les activités clandestines et favoriser le développement durable ».
Chez Ishpingo, nous trouvons que le rapport entre exploitation minière industrielle en pleine forêt primaire et développement durable n’est pas très clair…
Néanmoins les organisations de protection de l’environnement telles que WWF ne sont pas dupes. L’ouverture de la réserve de Renca risque de causer des dommages irréversibles à l’environnement et d’attiser les tensions entre les populations indigènes et le gouvernement. Mauricio VOIVODIC, directeur exécutif de WWF au Brésil a déclaré à ce sujet: « Le développement des activités minières risque de se faire au prix d’un impact néfaste pour les zones protégées, en provoquant une explosion démographique, l’accroissement de la déforestation, la mise en danger des ressources hydriques, la perte importante de biodiversité, l’intensification des conflits terriens, sans parler de la pression exercée sur les peuples indigènes et les populations locales ».

 

#4 SORTIR DE LA CRISE EN SACRIFIANT LA FORÊT

La politique de TEMER, qui semble prêt à tout pour sauver son mandat, est axée sur la sortie de la crise économique qui frappe le pays et mise sur la croissance qui résultera de l’exploitation de la zone de Renca.
En cette période charnière de prise de conscience et de lutte contre le réchauffement climatique, il choisit donc sciemment de sacrifier l’inestimable forêt tropicale primaire d’Amazonie sur l’autel du profit financier. Depuis les années 1990, la capacité d’absorption et de stockage de la forêt Amazonienne a été divisée par deux. La prise de conscience de la nécessite de protéger le « poumon de la planète » semble même faire machine arrière, en 2015 la déforestation en Amazonie a été 29% plus importante qu’en 2008

 

Évolution de la situation:
Grande nouvelle pour les défenseurs de l’Amazonie et les amoureux de la nature. À l’issue de l’avalanche de protestations déclenchée par ce décret controversé, la tribunal fédéral de Brasilia a formulé le 30/08/2017 une injonction qui suspend toutes les mesures administratives fondées sur celui-ci.
La partie n’est cependant pas encore gagnée puisque le gouvernement a immédiatement déposé un recours pour annuler cette suspension.

 

 

L’Amazonie sacrifiée sur l’autel du profit
Étiqueté avec :