Remèdes traditionnels réalisation avec des espèces végétales locales

#1 Étude et transformation des plantes.

Le collège Xavier TANGUILA a été le premier partenaire de l’Association Ishpingo au développement de laquelle il a fortement contribué, en particulier par son implication dans le projet d’essaimage des pépinières dans les différentes communautés du canton de Talag. C’est en effet au sein de cet établissement qu’Antoine VULLIEN, ingénieur agronome et co-fondateur d’Ishpingo, a réalisé son stage de troisième cycle.
Les élèves du collège Xavier TANGUILA sont tous issus des dix-huit communautés du canton de Talag. Les enfants étant souvent les meilleurs prescripteurs, leurs parents ont rapidement entendu parler de la pépinière et de ses plants de bois d’œuvre. C’est donc tout naturellement, à l’occasion des réunions au collège, que nous avons pu exposer aux chefs de famille notre projet de reforestation.Vente de remèdes traditionnels à base de plantes médicinales Intrigués par les méthodes agroforestières d’Ishpingo, de nombreux agriculteurs se sont prétés au jeu et ont emis le souhait de créer leurs propres pépinières communautaires.
Durant les 5 années de travail qui ont suivi, le collège a toujours bénéficié d’une place de choix au sein de notre projet. Il était le centre de formation par excellence des jeunes générations. Depuis l’origine, une relation de confiance et de respect réciproque nous unit aux différents membres de cette unité éducative (professeurs, parents et élèves). Pendant trois ans, tous les samedis matin, nous avons ainsi animé le « campo de accion » des élèves de terminale, au cours duquel nous avons travaillé dans la pépinière et le jardin botanique mais également en forêt, à la recherche de plantes.
Le collège est spécialisé en Chimie et Biologie mais, faute de moyens et de formation complémentaire des professeurs (et parfois, de volonté de l’Administration…), les élèves n’ont pas toujours reçu de cours en corrélation directe avec ces deux spécialités. L’Association Ishpingo a donc voulu approfondir sa collaboration avec le collège et a décidé de lancer un nouveau projet dans la continuité de ses différentes activités : créer un laboratoire d’étude et de transformation des plantes médicinales.

 

#2 La génèse du laboratoire

Du fait de contraintes tant administratives que financières et logistiques, ce projet de laboratoire a mis près de six mois à devenir une réalité.
Le projet mis en forme a d’abord été présenté à différents bailleurs de fonds afin de réunir les financements nécessaires à cette opération. Dans le même temps, nous avons effectué auprès de la Direction de l’Éducation Bilingue du Napo, les démarches nécessaires à l’enseignement d’une nouvelle matière au sein du collège.Les lycéens étudient et transforment des plantes médicinales Par chance, nous avions déjà fait connaissance et noué des liens d’amitié, au cours de nos différents travaux de reforestation, avec Mr. Angel ALVARADO (El Profesor !). Au cours de ses 17 années de travail dans la station biologique de Jatun Sacha, Mr. ALVARADO a développé des connaissances extraordinaires en botanique. Il est ainsi la seule personne native capable d’identifier n’importe quel arbre ou plante, d’en donner les noms kichwa, vernaculaire et scientifique et d’en reconnaître les différents usages médicinaux et les associations possibles pour améliorer leurs vertus curatives. Il nous avait fait part de son désir de transmettre ses connaissances et a donc tout de suite accepté notre proposition d’intégrer le collège en tant que professeur de botanique et de médecine naturelle.
Les différents accords ayant finalement été obtenus, Mr. Alvarado dispose désormais, et ce depuis le mois d’octobre 2009, de trois heures de cours bimensuelles avec les classes de 2nde, 1ère et Terminale. Il y aborde de façon théorique (en salle de cours) et pratique (dans le laboratoire), les différentes façons de traiter certaines maladies avec la pharmacopée traditionnelle ainsi que les modes d’élaboration des crèmes, onguents, sirops ou shampoings à base de plantes médicinales.
Nous avons en parallèle commencé à cultiver, au sein du collège et en collaboration avec les mères de famille, des parcelles consacrées aux principales plantes médicinales entrant dans la confection de ces remèdes.Les lycéens préparent un remède à base de plantes médicinales Mr. ALVARADO y récolte, avec ses élèves, la matière première et complète ses cueillettes aux alentours du collège ou en demandant aux élèves de lui apporter telle écorce ou racine. Celles-ci sont souvent présentes dans les fermes de leurs parents mais leurs propriétés curatives sont presque toujours méconnues des jeunes générations. Afin de se perfectionner dans l’élaboration de produits commercialisables (menthol, shampoing, sirops, etc.) et d’avoir une idée plus précise du matériel à acheter pour y parvenir, Flore MOSER et Mr. ALVARADO ont tous deux suivi une formation de deux jours, complétée par une visite du laboratoire de l’entreprise familiale Florasana à Puyo. Ils ont pu y rencontrer Didier Lacaze, phytothérapeute français en charge de l’élaboration des produits Florasana, et avec qui un contact fructueux a été établi. Il nous a ainsi donné de précieux conseils et recommandé les magasins de Quito spécialisés dans les produits et matériaux nécessaires à la mise en place d’un laboratoire. Cette aide a représenté pour nous un gain de temps inestimable ! À l’issue, la mise en place opérationnelle du laboratoire a pu commencer.

 

#3 La mise en place du laboratoire

Le collège a mis une salle à la disposition de l’Association. Celle-ci étant cependant fort dégradée (trou béant dans un mur, absence de portes et fenêtres, fuite dans le toit, etc…), notre priorité a été de la remettre en état avant même de songer à construire notre laboratoire. D’agronomes, nous nous sommes donc transformés en travailleurs du bâtiment.Armoire à pharmacie contenant des remèdes à base de plantes médicinales Cette restauration effectuée, nous nous sommes attelés à la réalisation du laboratoire à proprement parler. Les nombreux trous au sol ont été bouchés, le toit et la porte d’entrée ont été réparés, le lieu a été sécurisé par la mise en place de serrures et de cadenas. Des commandes passées chez différents artisans locaux ont ensuite permis de structurer les lieux : cuisinières, tables recouvertes de plaques d’acier inoxydable, armoires.
Il nous a ensuite fallu courir de magasin en magasin pour trouver tous les ustensiles nécessaires (moulins, mixer, casseroles, cuillères en bois, planches à découper, récipients divers, produits d’entretien, bouteilles de gaz, etc…), le tout acheté en quatre exemplaires afin de pouvoir répartir les élèves en autant de petits groupes.
Dès la première quinzaine d’octobre 2009, Mr. ALVARADO a pu commencer les cours théoriques et pratiques. Afin de familiariser les élèves avec cette nouvelle matière, il a commencé par leur présenter les plantes présentes localement et s’en est servi pour élaborer infusions et décoctions diverses. Les élèves et les professeurs du collège ont tous très bien accueilli Mr. ALVARADO en tant qu’enseignant et collègue. Afin de marquer la naissance effective du laboratoire, un accord reprenant les engagements mutuels a solennellement été signé par le Directeur du collège Xavier TANGUILA et les dirigeants de l’Association Ishpingo.
Commercialisation de remèdes de médecine traditionnelle A la suite de notre visite au laboratoire de Florasana, nous nous sommes rendus à Quito pour acheter, dans les différents établissements recommandés par Mr. LACAZE, les ingrédients entrant dans la confection de produits plus élaborés (cire d´abeille, camphre, base de savon, vaseline neutre, alcool potable, etc…) et leur conditionnement (divers flacons et pots).
La production de ces nouveaux produits a commencé dès le mois de janvier 2010 et l’intérêt que leur portaient les élèves s’en est aussitôt trouvé accru. A l’issue de chaque préparation, ils repartent désormais chez eux avec un échantillon. L’utilisation de ces échantillons dans le contexte familial démontre immédiatement l’efficacité des produits, à tel point que certaines communautés nous ont déjà sollicité pour développer des formations équivalentes en dehors du collège.
Parallèlement à ces produits de la pharmacopée traditionnelle, nous avons également élaboré des soins corporels à base de fruits (ananas, papaye, tomate, etc.), de miel, de lait en poudre ou d’argile, produits peu onéreux et faciles à se procurer pour nos étudiants.
Au total, nous disposons désormais d’une gamme de:
Subtances aromatiques obtenues par macération dans l’alcool (fleurs, fruits, racines, écorces) ;
Onguents mentholés (destinés aux entorses, fièvres, sinusites, douleurs musculaires, piqûres d’insectes, coupures ou infections de la peau) ;
Soins du visage et du corps (masques et gommages) ;
Savons (gingembre, citronnelle et cannelle) et un après-shampoing.
D’autres produits (crème) sont aujourd’hui en cours d’études, d’essais ou d’élaboration.
En février 2010, à l’occasion des fêtes de la ville de Tena, nous avons présenté nos produits lors de l’EXPOFERIA organisée par le Conseil Régional. À cette fin, nous avons créé différentes étiquettes pour les produits mais, comme il nous manquait un nom, Mr. Angel ALVARADO nous a proposé celui d’ANIMISANA (d’animi : arbre, et sana : qui soigne). L’attrait pour notre stand a été considérable et nous y avons réalisé nos premières ventes. Mais plus que tout, les étudiants présents sur le stand se sont sentis fiers de présenter le fruit de leur travail et se sont rendus compte de l’intérêt porté par les populations citadines à de tels produits. Depuis plusieurs expositions ont eu lieu et les élèves se disputent désormais pour être présents sur le stand !
Ce projet de médecine traditionnelle a été étendu à la communauté de Venecia qui nous a sollicité pour suivre une formation afin de pouvoir par la suite vendre des baumes. Cette transmission de connaissance a été une réussite puisqu’à ce jour, la communauté continue à utiliser la phytothérapie traditionnelle pour leur propre consommation et pour la vente.